Après l’initiative du Président de la République française, en janvier 2008, confiant à Messieurs Stiglitz et Amartya Sen la mission de lui proposer une évolution du PIB, la commission européenne vient de rendre publique une communication sur le même sujet : réformer le PIB.
Vous trouverez ci-joint le texte de cette communication qui date du 20 août 2009, et a été adressée au conseil européen et au Parlement européen.
Comme nous l’écrivons chaque fois que nous traitons ce sujet, la réforme du PIB est un passage obligé, un préalable même, à une évolution de nos politiques économiques, afin de les replacer au service de l’Homme et de lutter efficacement contre la pauvreté et l’exclusion. On ne peut pas prendre des décisions correctes lorsque les instruments de mesure fournissent un bilan erroné de la situation !
Les premières pages du texte de la communication de la commission européenne (pages 1 à 8) sont enthousiasmantes, et reflètent une volonté ferme d’avancer très vite des propositions concrètes. « Il faut intégrer de manière concise au PIB, les réalisations sociales et environnementales souligne-t-elle, mais aussi les pertes en la matière (pauvreté accrue, criminalité en hausse, appauvrissement des ressources naturelles) » On ne peut mieux dire.
Dans sa note, la commission propose cinq actions concrètes :
Ajout d’indicateurs environnementaux et sociaux au PIB
Quasi instantanéité des informations pour les décideurs
Précision accrue des rapports sur la distribution et les inégalités
Développer un tableau de bord européen du développement durable
Extension des comptes nationaux ou thématiques environnementales et sociales
Malheureusement, et quitte à être accusés de faux procès, nous pensons que certaines phrases à partir de la page 9 modèrent la volonté affichée dans les 8 premières pages.
Par exemple, la commission s’engage à proposer un cadre légal de comptabilité environnementale au début de l’année 2010. Parfait.
Malheureusement, elle écrit aussi : « …une fois que les méthodes ont été approuvées que les données commenceront à être disponibles, ce système de comptes de l’économie et de l’environnement sera complété à plus long terme par des comptes supplémentaires relatifs aux aspects sociaux. » (page 9)
A plus long terme ? C’est à dire quand ? Déjà en 2000, la stratégie de Lisbonne fixait l’objectif d’éradication de la pauvreté à horizon 2010. Le résultat est un échec complet. Et on voudrait encore attendre ?
Non. Cette suggestion de la Commission de traiter ce problème à « plus long terme » n’est pas acceptable. La question sociale est un des trois piliers du développement durable. Elle est aussi importante que les deux autres piliers (économie et environnement).
Et, comble de l’ironie, l’année 2010 a été déclarée par la Commission et le Parlement Européen « année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ». Et on oserait publier cette l’année là une comptabilité environnementale et renvoyer la comptabilité sociale aux calendes grecques ?
Ce n’est pas tout. Monsieur Barroso lui-même, dans ses auditions en vue de sa réélection, suggère que l’on porte « une attention beaucoup plus soutenue à la dimension sociale en Europe » (La Croix du 4 septembre 2009, page 7), ce qui revient à avouer que cette attention n’était jusqu’ici pas assez soutenue…
Il n’y a donc aucune raison de confiner le social au rôle de parent pauvre (c’est le cas de le dire...). Les échéances fixées pour la comptabilité sociale doivent être les mêmes que pour la comptabilité environnementale. (Pour prendre un exemple certes réducteur mais emblématique, 20 suicides de salariés en un an dans une grande entreprise, cela devrait interpeller).
Ami internaute qui nous lisez, au cas où vous auriez le moindre doute, sur notre commentaire, où le trouveriez excessif, nous nous permettons de vous suggérer la lecture (même en diagonale) de la note de travail intitulée : « Créer au Parlement Européen une Commission en charge de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion », dans la rubrique « LE PARLEMENT EUROPEEN ET LA PAUVRETE ». Vous verrez que la situation est très très grave.
Surtout, lisez la communication de la Commission. Elle va dans le bon sens. Il faut juste veiller à ce que les propositions qu’elle contient soient toutes réalisées en même temps, et non pas certaines maintenant et d’autres « à plus long terme » !
Un dernier mot pour rappel : le développement durable n’est pas et ne doit pas être un simple verdissement de l’économie financière (green washing). Le risque existe. Il se produira si la réforme du PIB n’est pas complète.
Bonne lecture !
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